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Sport de filles




Sport de filles
Sport de filles est le brillant dernier film de Patricia Mazuy, auteur de trois films en 30 ans (Peaux de vache, 1988 ; Saint-Cyr, 2000 ; Basse Normandie, 2004).
Metteur en scène féministe et marxiste qui s’est toujours intéressée à des trajectoires de femmes qui s’émancipent et font vaciller les cloisons sociales, elle met ici en scène Gracieuse (exceptionnelle Marina Hands), qui tente de trouver un emploi de palefrenière dans un haras normand lui permettant de monter à cheval en parallèle.
Ne possédant ni les codes et l’argent qui régissent le monde hippique du dressage, cette fille de paysan normand aura fort à faire pour parvenir à ses ambitions de cavalière.
Patricia Mazuy organise un manège autour d’un homme, Franz Mann, joué par Bruno Ganz (l’ange des Ailes du désir de Wim Wenders), ancienne gloire du dressage qui est aux ordres de Joséphine de Silène (Josiane Balasko) et tiraillé par la fille de celle-ci, dont il est l’entraîneur, ainsi que par une riche américaine qui veut le kidnapper et le ramener dans son haras.
Les deux personnages, joués par Marina Hands et Bruno Ganz, ont en commun de vouloir s’affranchir de leur condition sociale et de la hiérarchie qui les rend serviles.
Gracieuse va se parer de bottes de cavalière, d’un blouson de cuir rouge, puis viendra le bandeau de corsaire qui fera d’elle une cavalière de contrebande qui usera de stratagèmes pour faire éclore son insolente liberté et son talent. Franz Mann, l’artiste en dresseur se fera cueillir et éblouir par cette ouvrière de haras qui saura le sortir de sa torpeur et de sa frustration en lui faisant redécouvrir le goût et l’envie, dissipées avec les années.
Le visage dur et anguleux de Marina Hands est à l’image de la première moitié du film, qui met en scène un monde rigide où la hiérarchie est ultra-présente, tout comme dans l’industrie du cinéma d’ailleurs dont la réalisatrice en tant que fille de boulanger à dû - on peut l’imaginer - faire face elle aussi.

À force d’entraînement et d’entêtement, la grâce survient dans un plan-séquence lors d’un concours de dressage à Francfort, dans un manège annexe, où la beauté sidérante de l’évolution d’un cheval dressé et orchestrée par la musique de John Cale (ex-Velvet Underground), autre contrebandier, parvient à nous faire vivre un moment de cinéma des plus purs : mouvement, musique, mise en espace et tension.
Ainsi, ce western contemporain évoque avec rage et subtilité des chemins et des destins qui refusent de se voir dicter leur existence et transgressent les lois sociales qui les régissent.


Film français de Patricia Mazuy avec Marina Hands, Bruno Ganz, Josiane Balasko, Isabel Karajan, Amanda Harlech. (1 h 41.)

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Jean-Philippe
30/01/2012



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